Accéder au contenu principal

Missionnaires de Marie
XAVERIENNES

Se faire proches, c’est le style de la mission aujourd’hui

Immaculée Badesire
664
1 Novembre 2024

Dans son message pour la Journée Mondiale des Missions 2024, célébrée le 20 octobre, le Pape développe ce que le roi de la parabole des noces (cf. Mt 22, 1-14) dit à ses serviteurs : «Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce» (v. 9)».

Immaculée Badesire, missionnaire xavérienne congolaise œuvrant au Cameroun, nous dit comment résonnent en elle ces paroles.

Depuis deux ans nous vivons dans un quartier de la périphérie de Garoua, au Cameroun, habité par des chrétiens de différentes églises, des musulmans et des fidèles des religions traditionnelles. Avec nos voisins musulmans nous vivons des relation simples et de fraternité ; nous leur rendons visite et ils viennent chez nous.

Chez les musulmans, ce qui me touche beaucoup, c’est l’assiduité à la prière : j’y vois un signe de la présence de Dieu dans le monde. A 4 heures du matin, quand ils lancent leur cri : « Allah… », ils invitent à adorer et louer le Seigneur. Auparavant je me sentais dérangée, maintenant je me sens aussi invitée à la prière, je me lève et je loue mon Seigneur. Aux heures de la prière, ils arrêtent leur travail, en nous montrant que la priorité est à Dieu, le reste vient après.

Je suis aussi touchée par leur accueil. Au commencement, ce n’était pas facile de leur rendre visite, car je ne connaissais pas du tout leur langue, le fulfulde. Après on a commencé à se saluer avec un papa couturier notre voisin ; je lui amenais mon habit pour qu’il le couse, l’amitié a commencé. Ses voisins musulmans étonnés se disaient : « Qu’est-ce qu’ils sont en train de dire ? ».

Aux alentours de chez nous il y a des femmes musulmanes, veuves et pauvres, et des enfants orphelins. Petit à petit, en me voyant échanger avec ce papa couturier, elles ont commencé à s’intéresser à moi. Le papa m’a parlé de l’une d’entre elles, veuve et pauvre, mère de onze enfants, dont un seul avait survécu mais vivait loin d’elle. Je suis partie chez elle, trois fois je l’ai saluée « Salaam », sans qu’elle ne réponde. C’est le signe qu’on n’est pas les bienvenus. Je suis rentrée chez nous, mais je voulais nouer avec elle. Finalement, en remarquant que je me rendais chez le papa couturier, qui m’apprenait des mots en fulfulde, elle s’est ouverte à l’amitié.

Maintenant quand je vais chez elle, elle m’offre la natte pour m’y asseoir, me donne à boire et si elle a un peu de bouillie, elle me la partage. Elle me dit souvent : « Je ne connais pas le français, tu ne connais le fulfulde : c’est seulement Allah qui nous fait rencontrer ! ». Et je ressens la joie.

Quand je partais en voyage, elle et ses voisines me cherchaient et à mon retour me demandaient : « Tu étais où ? ». Maintenant, avant de partir, je passe dire au revoir à Fatima et elle me bénit. Je ne peux pas leur parler de l’évangile, mais je peux le vivre et les inviter à vivre en frères et sœurs, car nous avons un seul Créateur qui nous aime tous.

Fatima ne me demande jamais rien ; c’est nous qui voyons sa condition de pauvreté et lui partageons des légumes de notre champ, du sucre ou un peu d’argent pour acheter de petits poissons. Les voisines sont bien contentes. Elles voient que nous ne traitons pas différemment musulmans et chrétiens et certaines commencent à venir chez nous nous saluer.

Quand nous sommes en fête, nous invitons quelques-uns de nos voisins. En tant que musulmans ils ne pourraient pas entrer à l’église mais chez nous ils viennent et restent. Nous aussi, quand ils nous invitent, nous participons aussi à leurs fêtes. C’est le dialogue de la vie.

L’avocat musulman qui a suivi notre dossier pour l’achat d’une parcelle où bâtir notre maison, nous a apporté lui-même le titre foncier, avec du café qu’il avait acheté en Arabie Saoudite. Il a refusé l’enveloppe que je lui tendais en disant : « Merci, gardez cela, vous allez prier pour moi : je participe aussi à votre mission ! ».

En partageant la vie des gens on ne perd jamais le temps, on gagne ! C’est la vie : je donne et je reçois ; je comprends la vie des gens et eux nous comprennent aussi. Jésus a dit : « Que tous soient un ! » (Jn 17,21), c’est pourquoi nous allons vers nos frères et sœurs, mais doucement, avec respect et amour.

Un jour à la frontière avec Tchad, des policiers m’ont fait descendre du bus où je voyageais. Alors que je me demandais quelle pouvait être mon infraction, eux ont commencé à rire : « Tu ne te rappelles plus de nous ?... Tu es notre sœur, tu nous as enseigné le cours d’éducation à la vie. Tu nous as dit que nous sommes l’œuvre du Créateur. Nous sommes maintenant des policiers ! » Avant que je ne reparte, ils m’ont donné de l’argent pour acheter de l’eau à boire. On jette la semence et le Seigneur fait grandir.